L'harmonie (Méd. M. Alfred Didier.)Vous avez vu souvent, dans certaines contrées, particulièrement en
Provence, les ruines de grands châteaux ; un donjon se dresse
quelquefois au milieu d'une immense solitude, et ses débris tristes et
mornes, nous reportent à un âge où la foi était peut-être ignorante,
mais où l'art et la poésie s'étaient élevés avec cette même foi si naïve
et si pure. Nous sommes, vous le voyez, en plein moyen âge. Avez-vous
souvent pensé qu'autour de ces murailles démantelées, l'élégant caprice
d'une châtelaine avait fait courir des cordes harmonieuses que l'on
appelait la harpe d'Eole ? Hélas ! aussi vite que le vent qui les
faisait frémir, aussi vite ont disparu donjon, châtelaine, harmonie !
Cette harpe d'Éole berçait la pensée des trouvères et des dames ;
c'était avec un religieux recueillement qu'on l'écoutait.
Tout
finit sur votre terre ; la poésie y descend rarement du ciel, et
s'envole aussitôt ; dans les autres mondes, au contraire, l'harmonie est
éternelle, et ce que l'imagination humaine peut inventer, n'égale pas
cette constante poésie qui, non seulement est dans le cœur des purs
Esprits, mais aussi dans toute la nature.
Réné de Provence